Bienvenue à l'audiothèque des Archives du Bureau des Services généraux. La collection comprend des exemplaires d'extraits audio de causeries des cofondateurs des AA, Dr Bob et Bill W., et autres personnes importantes.

Audiothèque des Archives

Bill W. , au Congrès international de Long Beach, CA, 1960 — L’histoire de Bill qui a perdu son pantalon [extrait]

 

Bill W.: ‘J’étais dans une petite ville près de chez mon beau-frère. J’étais censé aller souper là. Je me suis mis à parler avec l’homme au garage ; j’ai oublié le souper ; j’ai oublié Lois.  C’était une soirée plutôt froide ; nous avions besoin davantage d’alcool pour nous tenir au chaud.  Et nous continuions de nous réchauffer. Je me suis enfin aperçu plusieurs heurs plus tard que je devais me préparer pour aller souper chez mon beau-frère. Je me suis mis à marcher et soudain, je me suis rendu compte qu’il était temps d’aller me coucher.

 

Puis, humm, il y avait un champ du côté de la colline, parallèle à la rue et humm, je m’y suis dirigé et je me suis étendu, c’était une nuit hivernale et je me suis réveillé. Bonté divine, j’étais gelé.

 

Je me suis extirpé, j’ai monté la colline jusqu’à la rue principale, j’ai descendu la rue principale, j’ai regardé vers le bas et mon dieu, j’avais mon manteau et ma veste et ma – mais pas de pantalon ! En pleine rue principale de Yonkers, New York.

 

Mon beau-frère et Lois m’ont accueilli à la porte. Ils étaient bouleversés.

 

Et puisque j’étais un sans pantalon, la phrase non dite fut : « Où es-tu allé ? »

 

Savez-vous que le lendemain matin, nous avons retrouvé ce champ, et j’ai reçu l’absolution pour au moins un péché, alors que mes souliers et mon pantalon – les souliers côte à côte et le pantalon soigneusement plié là, sur le gazon où je m’étais endormi.

  

Même alors, sans le savoir, j’étais condamné à l’obsession, à la folie et à la mort, sans même le savoir.’

 

Transcription d’un extrait : Enregistrement de Bill W. sur le « Règlement No 62 » et le « Groupe Middleton »

Enregistré en 1948

 

… Laissez-moi vous raconter l’histoire d’un groupe qui a décidé de combiner la recherche, l’éducation, le rétablissement et une bonne action. Il s’agit d’un groupe de Charleston, Virginie-Occidentale, qui n’aura pas d’objection, car une personne de ce groupe a un divin sens de l’humour et… euh… ils ont écrit au bureau pour dire qu’ils mettaient sur pied une de ces fondations tout usage et qu’ils avaient économisé de l’argent pour acheter un grand édifice pour y installer un club, un hôpital et un centre de rétablissement et qu’ils allaient faire de l’éducation, de la recherche et qu’ils allaient occuper le terrain. Qu’en pensions-nous? Vous savez qu’à New York nous sommes sur la corde raide et nous avons donc répondu que cela ne ressemblait en rien à l’expérience de la majorité et qu’il nous était déjà arrivé de songer nous-mêmes à faire ces choses, mais que nous avions changé d’idée et que cette décision leur appartenait. Ils ont donc décidé et nous ont répondu que les choses étaient différentes en Virginie et qu’ils en étaient venus à la conclusion qu’ils allaient créer cette fondation tout usage pour répondre au problème tout entier. Ils ont donc obtenu de l’argent et ont acquis un édifice et ont tenu toutes ces activités dans le même édifice. Pour s’assurer du bon fonctionnement, ils ont aussi écrit des statuts et voulaient que j’y appose mon sceau, en d’autres termes, que je donne mon approbation. J’ai bien sûr refusé de le faire. Après un certain temps, nous avons commencé à recevoir des lettres assez désespérées de Charleston. Il semblait que de nombreuses factions se soient manifestées et que cela avait créé des remous, un terrible gâchis et beaucoup de difficultés. Il en est pourtant sorti une perle de sagesse. L’homme qui avait lancé ce projet, ce leader inspiré, avait un sens de l’humour inhabituel, même chez les AA. Vous savez que nous, les alcooliques, avons un grand sens de l’humour, mais que c’est habituellement aux dépens des autres. Mais, cet homme riait de lui-même. Il a donc pris une carte d’à peu près ce format, il l’a pliée en deux pour qu’elle entre dans une enveloppe et il y avait imprimé quelques phrases. Il en a envoyé un exemplaire à tous les groupes des AA d’Amérique et quand vous la sortez de l’enveloppe, vous voyez sur l’extérieur de la carte « Règlement No 62 du Groupe des AA de Charleston » — cela laisse entendre qu’il y avait 61 autres règlements que celui-ci était le No 62. Curieux de voir ce règlement, vous dépliez la carte et vous pouvez y lire une seule phrase « De grâce, ne vous prenez pas tant au sérieux! » Cela mit fin à l’histoire de la fondation tout usage et a marqué le retour du groupe dans l’orthodoxie des AA. En conclusion, je crois que chaque groupe des Alcooliques anonymes devrait être une entité spirituelle qui n’a qu’un seul but premier, soit transmettre son message à l’alcoolique qui souffre encore.

Archives du BSG, 2010

Soeur Ignatia

Extrait d’une causerie des années 1950

Par contre, le docteur était si ouvert que j’aimais travailler avec lui. Et un jour, il m’a – il avait l’air plutôt abattu, nous avions souvent de petites conversations, et ce matin, à son arrivée, il avait l’air plutôt abattu. Je lui ai dit : « Docteur, vous avez l’air troublé ce matin. » Alors, il m’a confié, « Ma sœur, je crois pouvoir vous dire que j’ai rencontré un courtier de New York et que j’ai depuis longtemps un problème d’alcool et d’une manière ou l’autre, nous avons parlé et nous avons juré, décidé de faire quelque chose pour aider les ivrognes. Alors, a-t-il ajouté, nous avons fait des expériences, nous en avons confié quelques une dans des maisons de convalescence » - il en avait placé d’autres dans d’autres hôpitaux et il m’a demandé « Ma sœur, voudriez-vous faire l’expérience d’en accepter un ? » Bien, j’ai hésité car quelque temps auparavant, probablement quelques mois, j’avais accepté un homme qui, oh il m’a semblé – je ne connaissais pas grand chose sur l’alcoolisme [rires de l’auditoire]. Je veux dire, je savais que certains pouvaient bien porter l’alcool et d’autres non. Ils s’étaient rendus à l’urgence et je leur ai parlé et l’un d’entre eux m’a dit « Ma sœur, j’aimerais m’allonger pendant quelque minutes. » Il travaillait au garage municipal et il avait l’air respectable. « J’ai un peu trop bu et je voudrais me remettre sur pied », ce qui m’a semblé une bonne chose. Le seul lit que nous avions de libre à ce moment-là était un matelas sur le sol d’une chambre. À cette époque, nous ignorions tout des traitements appropriés et je l’ai confié à l’homme de service, service médical, et je l’ai inscrit, mis au lit et je lui ai dit « Vous resterez tranquille, n’est-ce pas ? » « Oh oui, je le jure, je serai un ange ! » [rires de l’auditoire]. Je l’ai oublié. Quand je suis rentrée, le lendemain matin, la surveillante de nuit, une très grande religieuse — nous la taquinions sur la taille de ses pieds — m’attendait à la porte.

Elle me dit « La prochaine fois que vous admettrez un cas de DT dans ce service, je vous prierais de rester ici toute la nuit à courir après lui, comme nous l’avons fait. » [rires de l’auditoire] Ce n’est pas la fin de l’histoire non plus. J’ai décidé que c’en était assez. Je me sentais souvent mal de les voir refusés, mais je n’étais pas l’autorité suprême à l’hôpital. Alors, quand le docteur m’a proposé d’accepter le cas d’un vrai alcoolique – j’ai pensé un vrai ivrogne ? [rires de l’auditoire] – vous imaginez bien mes réserves. J’ai pensé Bonté divine ! Je lui ai raconté notre expérience précédente et je lui ai dit « Docteur, non seulement serai-je grondée, mais pensez aux patients et au reste. Je ne crois pas qu’ils veulent accueillir d’ivrognes. » Il m’a répondu « Ma sœur, ce patient ne vous causera aucun souci car je vais le mettre sous médication, je vous l’assure. »

Je lui faisais très confiance car il ne m’avait jamais menti et je le croirai toujours. Craintivement j’ai dit « Eh bien, docteur, je l’accepterai donc et je le mettrai dans une chambre double. » Je croyais bien faire car nous étions débordés et que les lits se faisaient rares. Je l’ai donc mené à cette chambre double, le docteur – excusez – le docteur s’est présenté et lui a administré le médicament et j’ai pensé, j’ai cru, que je n’en entendrais plus parler avant le lendemain matin, même s’il causait des dérangements.

Non n’en avons donc pas parlé. Le docteur est venu me voir à mon bureau – merci – il m’a dit « Ma sœur, auriez-vous objection à mettre mon patient en chambre privée ? » J’avais cru bien faire en le mettant dans une chambre double. [rires de l’auditoire] Il m’a dit  « Des hommes viendront lui rendre visite et ils aimeraient lui parler en privé. » Je lui ai répondu « Docteur, je ferai de mon mieux. » Après son départ, j’ai examiné la situation ; de l’autre côté du corridor, il y avait une chambre que nous utilisions pour préparer les fleurs des patients et je me suis dit Ben, ils prépareront leurs fleurs ailleurs aujourd’hui car je crois pouvoir placer le lit dans cet espace. [rires de l’auditoire] C’est ce que nous avons fait. Les visiteurs sont arrivés et nous les avons gardés à l’œil. [rires de l’auditoire] Du moins, JE les ai gardés à l’œil ! Tout cela était nouveau et j’ai pensé Que ces hommes ont l’air solides et respectables ! On dirait qu’ils n’ont jamais bu.

J’ai joué le jeu et j’ai pensé, la prochaine fois, je ne me donnerai pas tout ce trouble, je le mettrai dans une chambre privée. Alors, quand le suivant s’est présenté, je l’ai mis en chambre privée et il – vous comprendrez que je ne connaissais pas grand chose aux alcooliques, j’étais loin d’être une experte. Dieu n’a pas choisi la plus forte quand il m’a choisie, je sais. Peu importe, je l’ai mené à la chambre (comme je le ferais pour tous les patients) et j’étais en train d’apporter son dossier au poste pour expliquer son cas à l’infirmière, je ne pouvais lui en dire beaucoup, mais je lui ai dit que Dr. Bob lui donnerait des instructions. Ne voilà-t-il pas qu’il me suit ! [rires de l’auditoire] Entre autres, il avait la langue bien pendue [rires de l’auditoire]

J’ai failli tomber à la renverse car les infirmières me regardaient toutes. J’ai dit « Retournez à votre chambre, j’arrive ! » l’infirmière est venue avec moi et il était caché sous le lit. [rires de l’auditoire] J’ai pensé Cela ne fonctionnera jamais. La prochaine fois, je ferai mieux d’en mettre deux ensemble. Je n’étais pas prête à abandonner. Je ne me souviens plus ce que j’ai fait, peut-être ai-je laissé quelqu’un le surveiller ou autre chose. Je sais cependant qu’à la suite de cet incident, je les mettais deux par deux avant de finir dans une chambre à quatre lits qui sembla donner de bons résultats – un ivrogne en aidant un autre. Règle générale, un ou deux d’entre eux se calmait au bout de quelques jours et nous avons donc pris une autre chambre à deux lits. Il était difficile de leur dire non quand ils voulaient s’en sortir. Entretemps, les hommes venaient très souvent à l’hôpital. À tel point que les Sœurs demandaient « Qui sont ce hommes si distingués ? Ils sont ici souvent et semblent s’intéresser beaucoup aux patients. » Au début, je n’ai rien dit, mais plus tard j’ai dit « Bien ce sont les AA. » « Que sont les AA ? » « Aimeriez-vous en savoir plus ? » « Bien sûr » « Bien, je vous apporterai de la documentation. » [rires de l’auditoire] Avant cela, un comité des Alcooliques anonymes avait rencontré Mère Supérieure – elle avait beaucoup d’expérience sur les anciennes pratiques de la charité et elle comprenait ce que nous faisions. Elle parlait de ces hommes en disant « Étrangement, sans charité, ils courraient partout dans les corridors mais depuis que Dr Bob les traite, nous ne savons même pas qu’ils sont ici. » Elle a ajouté « Je me vois aucun problème. Fournissez-leur. » Merveilleux !

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